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FICHE 31 / 60

Le génocide des Tutsis au Rwanda : comprendre les conditions de 1994

Explorer ce thème dans le cours : Les tribunaux gacaca face au génocide des Tutsis : la justice à l’échelle locale

Les catégories hutu et tutsi ont une histoire antérieure à la colonisation, mais les administrations allemande puis belge les rigidifient et les racialisent. Les autorités coloniales favorisent d’abord des élites tutsies, puis soutiennent une majorité politique hutue à la fin des années 1950. La « révolution sociale » de 1959 et l’indépendance de 1962 s’accompagnent de violences et du départ de nombreux Tutsis vers les pays voisins. Les régimes de Grégoire Kayibanda puis de Juvénal Habyarimana institutionnalisent des discriminations et entretiennent périodiquement la persécution.

En octobre 1990, le Front patriotique rwandais, principalement formé d’exilés tutsis installés en Ouganda, lance une offensive. La guerre civile nourrit une propagande extrémiste qui présente l’ensemble des Tutsis comme un ennemi intérieur et menace également les Hutus favorables au compromis. Les accords d’Arusha d’août 1993 prévoient un partage du pouvoir, mais les extrémistes organisent leur obstruction. Après la mort du président Habyarimana le 6 avril 1994, les autorités intérimaires, des forces armées, des milices et des responsables locaux mettent en œuvre le génocide.

D’avril à juillet 1994, environ un million de Tutsis sont assassinés parce qu’ils appartiennent au groupe désigné pour destruction ; des Hutus opposés au projet génocidaire sont aussi tués. La rapidité du crime repose sur l’appareil d’État, la propagande, les milices et une mobilisation locale qui combine contrainte, conviction, opportunisme et peur. Le FPR remporte la guerre et prend Kigali en juillet. Le nouveau pouvoir doit reconstruire un pays dévasté, accueillir les survivants, gérer de vastes mouvements de population et juger un nombre sans précédent de suspects.

Le système judiciaire ordinaire est presque anéanti. De nombreux magistrats et avocats ont été tués, ont fui ou sont soupçonnés de participation. Les prisons sont surchargées par plus de cent mille personnes détenues dans les années qui suivent. Au rythme de procès classiques, plusieurs générations seraient nécessaires pour examiner les dossiers. L’absence de réponse favoriserait pourtant l’impunité, les accusations collectives et la vengeance.