Les gacaca et le TPIY répondent à des contraintes opposées. Les premières sont proches, nombreuses, rapides et participatives ; elles traitent la masse des dossiers au prix de garanties inégales et dans un cadre politique très contrôlé. Le second est éloigné, professionnel, lent et sélectif ; il offre une procédure spécialisée, juge des dirigeants et produit une jurisprudence internationale, mais ne répond qu’à une petite partie des attentes locales.
Les deux expériences montrent qu’il n’existe pas d’échelle parfaite. La proximité apporte une connaissance sociale mais peut compromettre l’impartialité ; la distance protège la procédure mais réduit l’appropriation. La quantité permet de lutter contre l’impunité de masse mais peut menacer la qualité ; la sélection permet des enquêtes approfondies mais laisse de nombreux auteurs aux tribunaux nationaux. Une architecture cohérente doit donc articuler niveaux international, national et local.
La justice produit de l’histoire sans se confondre avec elle. Les audiences recueillent des traces, les jugements vérifient des faits et les archives deviennent des sources. Mais la procédure pénale individualise une culpabilité et s’arrête aux charges poursuivies. L’historien étudie aussi les institutions, les sociétés, les acteurs restés silencieux et les causes qui ne relèvent pas d’une infraction. Quant à la mémoire, elle donne un sens vécu à la décision, parfois très différent de son sens juridique.
