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FICHE 96 / 238

La Russie et son « étranger proche » : puissance régionale et souverainetés contestées

Après 1991, la Russie qualifie souvent les anciennes républiques soviétiques d’« étranger proche ». Le terme exprime une idée stratégique : ces États sont juridiquement souverains, mais leur sécurité, leurs économies et leurs infrastructures restent profondément liées à la Russie. Moscou cherche à conserver des bases, des réseaux énergétiques, des liens linguistiques et des organisations régionales comme l’Organisation du traité de sécurité collective ou l’Union économique eurasiatique.

Cette politique rencontre des trajectoires très différentes. La Biélorussie maintient une alliance étroite, les États baltes rejoignent l’UE et l’OTAN, la Géorgie et l’Ukraine cherchent périodiquement à s’éloigner de Moscou, tandis que l’Asie centrale pratique des équilibres entre Russie, Chine et Occident. Les conflits gelés en Transnistrie, Abkhazie, Ossétie du Sud ou Haut-Karabakh offrent à Moscou des leviers variables. L’« étranger proche » n’est donc pas une sphère homogène, mais un espace où souverainetés nationales et ambitions russes se heurtent régulièrement.

Cette politique repose enfin sur une asymétrie fondamentale : les voisins de la Russie cherchent à maximiser leur souveraineté, tandis que Moscou considère certaines orientations stratégiques de ces États comme touchant directement sa propre sécurité. Le conflit naît souvent de ces deux conceptions incompatibles. La notion d’« étranger proche » traduit moins un statut juridique qu’une représentation géopolitique russe accordant aux anciennes républiques soviétiques une importance sécuritaire particulière.