Le 10 février 2007, Vladimir Poutine prononce à la Conférence de Munich sur la sécurité un discours particulièrement critique envers les États-Unis. Il dénonce un monde « unipolaire », l’usage de la force hors du cadre qu’il juge légitime et l’élargissement de l’OTAN. Le texte ne marque pas la naissance soudaine d’une politique antioccidentale, mais il rend publique une accumulation de frustrations déjà perceptibles depuis le Kosovo, l’Irak et les « révolutions de couleur » dans l’espace postsoviétique.
Moscou affirme désormais plus clairement qu’elle entend disposer d’une sphère d’intérêts et contester les règles qu’elle estime fixées sans elle. Les revenus énergétiques et le redressement de l’État donnent au Kremlin davantage de moyens qu’au cours des années 1990. Le discours de Munich constitue donc un jalon : il annonce le passage d’une Russie cherchant encore une intégration aménagée dans l’ordre occidental à une politique plus explicitement révisionniste sur certaines questions de sécurité européenne.
L’année suivante, la guerre de Géorgie donnera une traduction militaire à cette contestation. Il serait toutefois réducteur de lire Munich comme une déclaration de guerre : Poutine y formule surtout la demande d’un ordre moins dominé par Washington. Le discours du 10 février 2007 ne crée pas la rupture avec l’Occident, mais il en formule publiquement les principaux griefs : unilatéralisme américain, élargissement de l’OTAN et ordre jugé déséquilibré.
