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FICHE 46 / 68

La modernisation de la marine chinoise : d’une marine côtière à une marine de haute mer

Explorer ce thème dans le cours : DES ENJEUX ÉCONOMIQUES ET GÉOPOLITIQUES CONSIDÉRABLES POUR LA CHINE ET LE RESTE DU MONDE

Pendant une grande partie du XXe siècle, la marine chinoise reste principalement conçue pour défendre les approches immédiates du littoral. Cette orientation correspond aux priorités d’un État davantage préoccupé par les guerres terrestres, la réunification du territoire et la protection de ses côtes que par la projection lointaine. À partir des années 1980, l’ouverture économique transforme cependant le problème stratégique. La croissance chinoise dépend de plus en plus du commerce maritime, des importations d’hydrocarbures et de chaînes logistiques mondiales. Dans le même temps, la question de Taïwan et les différends en mers de Chine montrent à Pékin qu’une puissance économique dépourvue d’une marine moderne demeure vulnérable dans son environnement régional.

La doctrine évolue progressivement. Sous l’impulsion de l’amiral Liu Huaqing dans les années 1980, la marine de l’Armée populaire de libération cherche à dépasser la simple défense côtière pour être capable d’agir dans les « mers proches ». Cette évolution suppose des bâtiments plus endurants, des sous-marins plus performants, une aviation navale modernisée, des moyens de ravitaillement et des systèmes de commandement capables d’opérer à distance. À partir des années 2000, l’accélération est spectaculaire : la Chine construit des destroyers, frégates, corvettes, navires amphibies, sous-marins et bâtiments de soutien en séries importantes, tout en améliorant la qualité des capteurs, des missiles et des réseaux de communication.

La transformation ne doit pas être réduite au nombre de coques. Une marine de haute mer dépend d’une infrastructure beaucoup plus large : chantiers navals, bases, satellites, renseignement, aviation, ravitaillement, formation des équipages et expérience opérationnelle. Les missions antipiraterie dans le golfe d’Aden, commencées en 2008, jouent à ce titre un rôle d’apprentissage. Elles imposent des déploiements prolongés loin des côtes chinoises et donnent à la marine une expérience concrète de la logistique et de la coopération internationale. L’ouverture d’une base de soutien à Djibouti en 2017 prolonge cette évolution.

Cette modernisation sert plusieurs objectifs. Elle doit renforcer la capacité chinoise à peser sur une crise autour de Taïwan, soutenir ses revendications maritimes, protéger les routes commerciales et évacuer éventuellement des ressortissants à l’étranger. Elle contribue aussi au statut international du pays : une grande puissance qui dépend des océans veut pouvoir y montrer son pavillon et protéger ses intérêts. La marine chinoise reste toutefois confrontée à des limites, notamment l’expérience du combat naval moderne, la maîtrise d’opérations complexes à très grande distance et la densité du réseau d’alliances américain en Asie. La mutation est donc profonde, mais elle décrit un processus de construction de puissance plutôt qu’une domination maritime déjà acquise.