L’acquisition de porte-avions constitue l’un des signes les plus visibles de la transformation navale chinoise. Le premier, Liaoning, entre en service en 2012 après la reconstruction d’une coque soviétique inachevée acquise auprès de l’Ukraine. Il joue d’abord un rôle d’apprentissage : la Chine doit former pilotes, personnels de pont, officiers et techniciens à un type d’opérations parmi les plus complexes de la guerre navale moderne. Le Shandong, premier porte-avions construit en Chine, est admis au service en 2019 et confirme la volonté de pérenniser cette capacité.
Le Fujian, lancé en 2022, marque une nouvelle étape technologique avec un système de catapultes électromagnétiques destiné à permettre le lancement d’aéronefs plus lourds et plus diversifiés que sur les deux premiers bâtiments à tremplin. Ses essais en mer engagés à partir de 2024 illustrent la progression de l’industrie navale chinoise. Au-delà du navire lui-même, un groupe aéronaval nécessite des escorteurs, des sous-marins, des bâtiments logistiques, des avions et des réseaux de renseignement. Le porte-avions révèle donc le degré d’intégration d’une puissance navale.
Pour Pékin, cette capacité a plusieurs fonctions. Elle accroît la possibilité de projeter une aviation loin des aérodromes terrestres, offre un outil de présence diplomatique et renforce le prestige international. Dans un conflit à proximité immédiate des côtes chinoises, les porte-avions ne sont cependant qu’un élément parmi d’autres d’un dispositif beaucoup plus large. Leur intérêt devient particulièrement important lorsque la Chine cherche à agir au-delà de la première chaîne d’îles ou à protéger des intérêts lointains.
Le porte-avions chinois est ainsi autant un instrument d’apprentissage qu’un symbole de statut. Sa valeur ne se mesure pas seulement à ses caractéristiques techniques mais à la capacité de la Chine à l’intégrer durablement dans des opérations aéronavales complexes.
