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La guerre de cabinet désigne schématiquement les guerres conduites par les monarchies européennes de l’Ancien Régime. Les souverains disposent d’armées professionnelles coûteuses et relativement difficiles à remplacer. Les objectifs sont souvent territoriaux ou dynastiques : obtenir une province, préserver une succession, modifier un équilibre ou affaiblir un rival. Cette guerre peut être extrêmement meurtrière. La qualifier de « limitée » ne signifie donc pas qu’elle serait douce. Elle est limitée principalement par la nature des objectifs, les capacités financières des États et la volonté de préserver un ordre diplomatique dans lequel l’adversaire d’aujourd’hui peut devenir l’allié de demain. La Révolution française transforme profondément ce système. La guerre commencée en 1792 met désormais en jeu la survie d’un régime, la souveraineté de la nation et des principes politiques considérés comme universels. Le décret de levée en masse du 23 août 1793 symbolise cette transformation : la défense n’est plus seulement l’affaire d’une armée professionnelle, mais celle d’une communauté nationale mobilisée.

Les effectifs augmentent. Le patriotisme et l’idéologie acquièrent une fonction stratégique. Le soldat peut être présenté comme un citoyen défendant la nation et non simplement comme un professionnel au service du souverain. Avec Napoléon, cette mobilisation est intégrée dans un État centralisé capable de lever, équiper et déplacer des armées de très grande taille. Le changement est donc moins celui de la disparition de la politique que de sa transformation. Les guerres sont toujours conduites pour des fins politiques, mais la nature de ces fins et les ressources sociales mobilisées deviennent beaucoup plus vastes. Cette mutation modifie également la « trinité » clausewitzienne : le peuple acquiert une importance nouvelle aux côtés de l’armée et du gouvernement. Les passions nationales peuvent augmenter l’intensité de la guerre et rendre certains compromis plus difficiles.