À son apogée, Daech contrôle des territoires importants en Irak et en Syrie. Cette territorialisation le distingue fortement du modèle initial d’Al-Qaïda. Le territoire procure d’abord des ressources. L’organisation peut lever des taxes, exploiter différentes activités économiques, contrôler des infrastructures et organiser certains services. Elle peut surtout mettre en scène l’existence d’un ordre politique présenté comme une alternative aux États existants. Le contrôle de villes comme Mossoul ou Raqqa possède donc une fonction matérielle, administrative et symbolique. Le territoire facilite également le recrutement. La proclamation du « califat » est présentée par l’organisation comme la preuve qu’elle ne constitue plus seulement un mouvement clandestin, mais un projet politique capable de se réaliser concrètement. Cette force devient cependant une vulnérabilité. Un réseau clandestin peut se disperser. Un territoire doit être défendu. Des bâtiments, routes, dépôts, unités militaires, centres de commandement et infrastructures peuvent être identifiés et frappés.
À partir de 2014, une coalition internationale soutient les forces irakiennes, kurdes et différents acteurs syriens engagés contre Daech. Mossoul est reprise en juillet 2017 et Raqqa en octobre de la même année. En mars 2019, la chute de Baghouz marque la disparition du contrôle territorial continu de l’organisation. Cette défaite est majeure : Daech perd l’un des principaux instruments de sa propagande et une grande partie de ses capacités administratives. Elle ne signifie pourtant pas sa disparition. L’organisation retourne à une logique clandestine et insurgée. Plusieurs branches ou « provinces » continuent d’exister hors d’Irak et de Syrie. La comparaison permet donc d’établir une distinction particulièrement utile : contrôler un territoire augmente les capacités d’un groupe irrégulier, mais l’oblige à adopter certaines caractéristiques de la guerre conventionnelle qui le rendent plus vulnérable à une puissance militaire supérieure. Le territoire est ainsi à la fois un multiplicateur de puissance et une contrainte stratégique.
