Comparer la guerre de Sept Ans aux guerres napoléoniennes permet de mesurer une transformation fondamentale de la guerre européenne. En 1756-1763, les principaux acteurs sont des monarchies qui poursuivent des objectifs généralement circonscrits. Frédéric II veut préserver la Silésie et le rang de la Prusse ; l’Autriche cherche à restaurer sa position ; la Grande-Bretagne et la France se disputent des positions coloniales. Les armées sont professionnelles et les sociétés relativement moins directement mobilisées. À partir de 1792, la Révolution française introduit une autre énergie politique. Le régime affirme défendre une nation souveraine et des principes politiques. La mobilisation humaine augmente considérablement. Napoléon utilise ensuite cette masse pour construire un système impérial européen.
La différence est donc visible dans les trois dimensions de la trinité clausewitzienne : les passions politiques et nationales deviennent plus intenses ; les armées augmentent en taille et en mobilité ; les gouvernements poursuivent des objectifs qui peuvent engager la nature même des régimes et de l’ordre européen. Les guerres napoléoniennes paraissent ainsi se rapprocher davantage de la logique de montée aux extrêmes. Pourtant, elles ne deviennent jamais une guerre absolue. Napoléon négocie des traités, recherche des alliances et adapte ses objectifs. Ses adversaires font de même. Les limites matérielles restent décisives : logistique, géographie, finances, résistance des populations, maîtrise britannique des mers ou capacité des coalitions à se reconstituer.
La comparaison permet donc de formuler un enseignement majeur : l’intensité de la guerre dépend de la valeur politique attribuée à l’enjeu. Elle évite également une lecture déterministe du progrès militaire. Les guerres plus intenses ne résultent pas seulement d’armes plus efficaces : elles résultent de la transformation de l’État, de la nation, de la conscription et de la légitimité politique.
