NavigationRetour à l’espace fiches

En 1812, les relations entre Napoléon et le tsar Alexandre Ier se dégradent, notamment autour du Blocus continental destiné à isoler économiquement le Royaume-Uni. Napoléon cherche à contraindre la Russie à revenir dans le système continental qu’il a construit. Il rassemble une force considérable, la Grande Armée, composée de Français mais aussi de contingents provenant de nombreux territoires alliés ou soumis à l’Empire. L’objectif stratégique consiste à obtenir rapidement une bataille décisive qui contraindrait le tsar à négocier. Les forces russes refusent cependant longtemps cette logique. Elles reculent dans la profondeur du territoire et évitent autant que possible l’anéantissement. La bataille de Borodino en septembre 1812 est extrêmement coûteuse sans détruire l’armée russe. Napoléon entre ensuite dans Moscou, mais l’occupation de la ville ne produit pas le résultat attendu : Alexandre Ier ne demande pas la paix.

Le problème renvoie directement au raisonnement clausewitzien. Napoléon a obtenu un succès territorial sans parvenir à atteindre le but politique de la guerre. La situation logistique devient progressivement catastrophique. Les distances, le manque d’approvisionnements, l’état des routes, les pertes, les maladies et l’arrivée du froid aggravent la situation au moment du retrait. La campagne démontre la puissance de la friction : une armée gigantesque sur le papier peut perdre progressivement sa capacité d’action sous l’effet de contraintes accumulées. Elle révèle également les limites de la notion simpliste de centre de gravité. Moscou possède une valeur symbolique considérable, mais sa perte ne provoque pas l’effondrement politique de la Russie. L’armée russe, l’État et la volonté du tsar continuent d’exister. La campagne devient ainsi un exemple classique de rupture entre moyen militaire et effet politique recherché. L’invasion devait contraindre la Russie ; son échec affaiblit au contraire l’Empire napoléonien et encourage la reconstitution d’une coalition contre lui.