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La manière napoléonienne de faire la guerre repose sur plusieurs transformations héritées de la Révolution française : effectifs plus importants, conscription, mobilité des armées, promotion d’officiers sur des critères davantage liés au mérite et puissance administrative accrue de l’État. Napoléon organise ses forces en corps d’armée capables de progresser séparément tout en restant suffisamment proches pour se concentrer rapidement. Cette organisation lui permet de gagner en vitesse et de créer localement une supériorité contre un adversaire parfois plus nombreux à l’échelle générale. La campagne de 1805 constitue un modèle. Napoléon manœuvre rapidement en Europe centrale et remporte le 2 décembre la bataille d’Austerlitz contre les forces russes et autrichiennes. La victoire militaire produit immédiatement un résultat politique : l’Autriche demande la paix.

La campagne contre la Prusse l’année suivante repose sur une logique comparable. Les défaites d’Iéna et d’Auerstedt, le 14 octobre 1806, provoquent l’effondrement rapide de l’armée prussienne et exposent l’État à une profonde réorganisation. Cette recherche de décision influence directement Clausewitz, lui-même officier prussien au moment de la catastrophe de 1806. Elle rejoint la notion de centre de gravité : identifier la concentration principale de la puissance adverse et la neutraliser afin de désorganiser tout le système ennemi. Cependant, la bataille décisive ne constitue jamais une solution universelle. Elle fonctionne particulièrement bien lorsque la destruction ou la désorganisation de l’armée ennemie oblige effectivement le gouvernement adverse à négocier. Elle fonctionne beaucoup moins lorsqu’un adversaire peut reculer, reconstituer ses forces, mobiliser une population ou poursuivre la guerre malgré la perte d’une capitale. C’est précisément ce que montrent l’Espagne et surtout la Russie.