La période ouverte en 1991 semble d’abord consacrer l’intégration économique. L’OMC est créée en 1995, la Chine y entre en 2001 et les chaînes de valeur s’étendent. Le commerce, la finance, les migrations, Internet et les firmes transnationales relient davantage les sociétés. Cette phase nourrit l’idée d’un monde où les interdépendances rendraient les frontières moins décisives.
Les crises successives nuancent cette lecture. La crise financière de 2008 révèle la transmission rapide des chocs. Les tensions sino-américaines, les sanctions économiques et la pandémie de Covid-19 mettent en évidence les risques liés à certaines dépendances. Les États réintroduisent des politiques industrielles, contrôlent davantage les investissements stratégiques et cherchent à sécuriser les chaînes d’approvisionnement en semi-conducteurs, énergie ou médicaments.
Il ne s’agit pourtant pas d’une « démondialisation » simple. Les flux numériques, les services et de nombreuses chaînes productives restent mondiaux. L’évolution ressemble davantage à une mondialisation plus politique : les États acceptent l’interdépendance lorsqu’elle sert leur prospérité, mais cherchent à limiter les vulnérabilités qu’elle crée. La géoéconomie devient alors une dimension centrale des rapports de puissance contemporains. La crise de 2008 marque un tournant : les flux continuent, mais les politiques de sécurité économique, les sanctions et les relocalisations stratégiques gagnent progressivement en importance.
