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L’attentat de Sarajevo du 28 juin 1914 déclenche la crise, mais il n’explique pas à lui seul l’entrée en guerre de l’Europe. Pour comprendre l’été 1914, il faut articuler plusieurs niveaux : des rivalités anciennes, un système d’alliances, la militarisation des puissances, l’instabilité des Balkans et, surtout, les décisions prises en quelques semaines par les gouvernements. La guerre apparaît ainsi comme le résultat d’un enchaînement, non comme l’effet automatique d’une cause unique.

L’Europe est organisée autour de deux ensembles d’alliances, mais ceux-ci ne forment pas des blocs mécaniques. La Triple-Alliance associe l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Italie ; la Triple-Entente rapproche la France, la Russie et le Royaume-Uni. Ces accords créent des attentes de soutien et rendent chaque crise plus sensible, tout en laissant aux gouvernements une marge de décision réelle.

Les tensions sont nombreuses. L’Alsace-Lorraine pèse sur les relations franco-allemandes, la concurrence navale oppose Londres et Berlin et les crises marocaines révèlent les rivalités impériales. Les Balkans constituent toutefois l’espace le plus instable : le recul ottoman, la montée de la Serbie et les inquiétudes de l’Autriche-Hongrie y concentrent nationalismes et ambitions de puissance.

La course aux armements et les plans de mobilisation rendent la crise plus dangereuse. Les états-majors raisonnent avec des calendriers très contraints et craignent qu’un retard offre un avantage décisif à l’adversaire. Cette pression favorise l’escalade, sans supprimer la responsabilité politique : aucun horaire ferroviaire ne décide seul d’un ultimatum, d’une mobilisation générale ou d’une déclaration de guerre.

Après Sarajevo, Vienne choisit d’utiliser la crise pour affaiblir durablement la Serbie et reçoit le soutien de Berlin. L’ultimatum du 23 juillet, la déclaration de guerre austro-hongroise, la mobilisation russe puis les déclarations de guerre allemandes transforment rapidement un conflit balkanique en guerre européenne. L’invasion de la Belgique entraîne enfin l’entrée en guerre du Royaume-Uni.

L’explication doit donc rester à la fois multicausale et hiérarchisée. Plusieurs puissances contribuent à l’escalade, mais elles ne prennent ni les mêmes initiatives ni les mêmes risques. Les structures rendent la guerre possible ; les choix de juillet 1914 la rendent effective. C’est précisément cette articulation entre contraintes et décisions qui explique la permanence du débat historiographique sur les responsabilités.