L’histoire de la guerre d’Algérie progresse malgré les restrictions documentaires. Charles-Robert Ageron étudie la société coloniale et les nationalismes ; Mohammed Harbi, ancien cadre du FLN devenu historien, analyse de l’intérieur les structures et les divisions du mouvement ; Benjamin Stora travaille sur le nationalisme, l’immigration et les mémoires ; Raphaëlle Branche renouvelle l’étude de l’armée, de la torture et des appelés ; Sylvie Thénault examine la justice et l’exception coloniale. De nombreux chercheurs algériens, français et internationaux déplacent l’attention vers les acteurs locaux, les femmes, les camps, les déplacements ou les circulations transméditerranéennes.
Benjamin Stora a contribué à déplacer l’étude de la guerre d’Algérie vers la question de ses héritages. Ses travaux montrent que le conflit continue d’agir après 1962 dans les familles, l’immigration, les associations et la vie politique. Cette approche insiste sur la pluralité des groupes porteurs de mémoire et sur les décalages entre le travail historique, les reconnaissances publiques et les récits transmis d’une génération à l’autre.
Remis en janvier 2021, le rapport de Benjamin Stora propose une politique de « petits pas » : faciliter l’accès aux archives, commémorer des événements longtemps oubliés, reconnaître des figures et développer des coopérations scientifiques. Il ne recommande ni un traité mémoriel unique ni une repentance abstraite. Son objectif est de rendre possible un travail commun sans prétendre produire une mémoire identique des deux côtés.
