Au début des années 1960, l’historien ouest-allemand Fritz Fischer relance profondément le débat. Dans Les Buts de guerre de l’Allemagne impériale, publié en 1961, il met au jour le programme de septembre 1914 du chancelier Bethmann Hollweg et d’autres projets d’expansion. Il soutient que les élites allemandes ont poursuivi des objectifs de domination européenne et qu’elles ont accepté, voire recherché, une guerre jugée utile. Dans un ouvrage ultérieur, il insiste davantage encore sur la responsabilité allemande dans le déclenchement.
La thèse provoque une controverse qui dépasse largement la seule question de 1914. Dans la République fédérale d’après 1945, reconnaître les ambitions agressives de l’Empire pose la question des continuités entre l’Allemagne wilhelmienne et le nazisme. Fischer établit des liens entre expansion extérieure, structures autoritaires et volonté des élites de contenir les tensions sociales internes. Ses adversaires lui reprochent de sous-estimer les ambitions russes, françaises ou britanniques et de reconstruire une ligne trop directe vers le régime nazi.
La « controverse Fischer » est à la fois scientifique et civique. Elle mobilise universités, presse et responsables politiques. Elle accompagne une nouvelle génération qui interroge le passé national et refuse les récits d’innocence collective. Elle illustre la capacité d’un débat d’archives à modifier une culture politique : l’enjeu n’est plus seulement de répartir la faute entre puissances, mais de comprendre les structures de l’État et des élites allemandes.
Les recherches inspirées par cette controverse ont élargi l’échelle d’analyse. Certains historiens étudient l’impérialisme social, c’est-à-dire l’usage d’une politique extérieure ambitieuse pour renforcer l’ordre intérieur. D’autres nuancent les continuités ou rappellent que des objectifs de guerre formulés après le déclenchement ne prouvent pas à eux seuls un plan arrêté avant juillet. La controverse produit ainsi des questions durables sans imposer une explication unique.
