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FICHE 19 / 60

1954-1962 : comprendre la guerre d’indépendance algérienne

Explorer ce thème dans le cours : La guerre d’Algérie : mémoires multiples, histoire conflictuelle

Le 1er novembre 1954, le Front de libération nationale organise une série d’actions armées et proclame son objectif d’indépendance. Le FLN et sa branche armée, l’ALN, cherchent à unifier le mouvement nationaliste, y compris au prix d’un affrontement violent avec le Mouvement national algérien de Messali Hadj. La guerre est donc à la fois anticoloniale, franco-algérienne et, par certains aspects, algéro-algérienne. Cette pluralité explique la difficulté à construire ensuite un récit mémoriel univoque.

Le conflit reste longtemps juridiquement présenté par Paris comme une affaire intérieure. Ce refus du mot « guerre » ne change rien à l’ampleur croissante des opérations : l’État mobilise l’armée, développe des dispositifs de contrôle du territoire et cherche à priver le FLN de ses soutiens. En face, l’organisation indépendantiste associe lutte armée, mobilisation politique et action diplomatique afin de transformer une insurrection coloniale en cause internationale.

Le conflit s’intensifie à partir de 1955-1956. Le gouvernement de Guy Mollet obtient en mars 1956 les pouvoirs spéciaux ; le contingent est massivement envoyé en Algérie. Au total, près de deux millions de militaires français y servent entre 1954 et 1962, dont une grande part d’appelés. Le FLN combine guérilla rurale, organisation clandestine urbaine, attentats, diplomatie internationale et mobilisation des populations. La France engage plusieurs centaines de milliers d’hommes, quadrille le territoire, déplace des populations rurales et construit des lignes fortifiées aux frontières tunisienne et marocaine.

À partir de 1956, la guerre change d’échelle. Les pouvoirs spéciaux, l’envoi massif du contingent et l’intensification des opérations militaires renforcent la présence française, tandis que le FLN développe ses réseaux urbains et sa stratégie internationale. La bataille d’Alger en 1957 symbolise cette phase de durcissement, sans résumer à elle seule un conflit qui se joue aussi dans les campagnes, aux frontières et sur le terrain diplomatique.

Le conflit s’internationalise. Le FLN obtient l’appui de pays arabes, installe des bases en Tunisie et au Maroc indépendants et porte la question algérienne devant l’Organisation des Nations unies. La guerre s’inscrit dans la décolonisation et la guerre froide, même si le FLN conserve une autonomie et rassemble des tendances idéologiques diverses. La diplomatie devient un front aussi décisif que le terrain militaire : la France peut contenir l’ALN sans restaurer la légitimité de l’ordre colonial.

La crise du 13 mai 1958 à Alger accélère la chute de la IVe République et le retour au pouvoir du général de Gaulle. Soutenu initialement par de nombreux partisans de l’Algérie française, celui-ci évolue vers l’autodétermination, annoncée en septembre 1959. Une partie de l’armée et des Européens d’Algérie se sent trahie. La semaine des barricades en 1960, le putsch des généraux d’avril 1961 puis les actions de l’Organisation armée secrète montrent que la guerre divise désormais ouvertement le camp français.

Les accords d’Évian sont signés le 18 mars 1962 et le cessez-le-feu entre officiellement en vigueur le 19 mars. Les violences ne cessent pourtant pas immédiatement. L’OAS poursuit ses actions, des règlements de comptes ont lieu et des massacres marquent la période de transition. Le 1er juillet, les électeurs d’Algérie approuvent massivement l’indépendance ; elle est reconnue par la France le 3 juillet et proclamée en Algérie le 5 juillet. Ces différentes dates deviendront elles-mêmes des objets de mémoire.