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FICHE 20 / 60

FLN, MNA, armée française, appelés et civils : une guerre aux acteurs multiples

Explorer ce thème dans le cours : La guerre d’Algérie : mémoires multiples, histoire conflictuelle

Le camp indépendantiste n’est pas homogène. Le FLN cherche dès 1954 à s’imposer comme le principal représentant de la lutte nationale et sa branche armée, l’ALN, conduit la guérilla. Il affronte aussi le MNA de Messali Hadj, notamment dans l’émigration algérienne en France. La guerre oppose donc la puissance coloniale à un mouvement indépendantiste, mais elle comprend également une lutte violente pour le contrôle politique du nationalisme algérien.

Du côté français, l’expression « armée française » recouvre elle aussi des expériences différentes. Les militaires de carrière, les unités spécialisées, les forces de police et les appelés du contingent n’occupent pas la même place dans le conflit. Près de deux millions de militaires servent en Algérie entre 1954 et 1962, dont une grande part de conscrits. Les décisions prises à Paris et à Alger déterminent leurs missions, tandis que les pratiques varient fortement selon les territoires et les périodes.

Les Européens d’Algérie constituent un autre ensemble décisif. Certains soutiennent fermement le maintien de l’Algérie française, d’autres acceptent progressivement l’idée d’une évolution politique. À la fin de la guerre, une minorité radicalisée rejoint ou soutient l’OAS, qui mène des actions violentes contre l’indépendance et contre la politique du général de Gaulle. Les pieds-noirs ne forment donc pas davantage un bloc politique uniforme.

Les harkis et les autres supplétifs musulmans combattent aux côtés de l’armée française pour des raisons diverses : sécurité locale, trajectoires familiales, opposition au FLN, contraintes économiques ou engagements personnels. Les réduire rétrospectivement à une catégorie unique de « collaborateurs » efface cette diversité. Leur situation devient particulièrement dramatique au moment de l’indépendance, lorsque beaucoup se retrouvent exposés aux représailles et à l’abandon.

Les civils sont enfin au cœur de la guerre. Populations rurales déplacées, habitants des villes soumis aux attentats et aux contrôles, femmes engagées dans différents réseaux, familles de disparus ou personnes prises entre plusieurs autorités connaissent des expériences très différentes. Cette pluralité d’acteurs explique en partie la fragmentation des mémoires après 1962 : il n’existe pas une expérience française face à une expérience algérienne, mais une multitude de trajectoires inscrites dans une relation coloniale profondément inégale.