Les militants nationalistes et la population algérienne portent d’autres mémoires : celle de la lutte de libération, de la répression coloniale, des déplacements et des sacrifices civils. L’État algérien construit après 1962 une légitimité fondée sur la révolution. Le FLN devient parti unique et valorise l’unité du peuple combattant. Ce récit héroïque tend à effacer la concurrence du MNA, les oppositions internes, le rôle propre des femmes une fois la guerre achevée et les conflits qui accompagnent la prise du pouvoir. La mémoire officielle contribue à la cohésion du nouvel État tout en réduisant la pluralité des trajectoires.
En Algérie, l’amnistie politique existe également, mais le récit officiel privilégie la victoire et l’unité. Les archives demeurent étroitement contrôlées et certains acteurs de la révolution sont marginalisés. Le pouvoir commémore la guerre pour affirmer sa légitimité, notamment lors du 1er novembre et du 5 juillet. Les crises politiques peuvent réactiver cet héritage : la révolution devient à la fois une histoire nationale et un langage de contestation lorsque des citoyens accusent les dirigeants d’en avoir confisqué l’héritage.
