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FICHE 18 / 60

La colonisation de l’Algérie : comprendre l’ordre colonial avant 1954

Explorer ce thème dans le cours : La guerre d’Algérie : mémoires multiples, histoire conflictuelle

La guerre d’Algérie ne peut être comprise sans la conquête commencée par la France en 1830. La violence de la conquête, les confiscations foncières et l’installation d’une population européenne transforment durablement le territoire. En 1848, le nord de l’Algérie est départementalisé. Cette intégration administrative ne signifie pas l’égalité politique. La majorité musulmane relève d’un statut personnel spécifique et subit un ordre colonial hiérarchisé, renforcé par le code de l’indigénat de 1881. Une minorité peut accéder à la citoyenneté sous certaines conditions, tandis que les Juifs d’Algérie deviennent collectivement citoyens français par le décret Crémieux de 1870, avant que le régime de Vichy ne leur retire temporairement cette qualité.

La société coloniale est diverse. Les « Européens d’Algérie », plus tard désignés comme pieds-noirs, ne forment pas un bloc social uniforme : grands propriétaires, commerçants, fonctionnaires et ouvriers n’ont ni le même niveau de vie ni les mêmes intérêts. Ils bénéficient cependant d’une citoyenneté et d’une représentation politique refusées à la majorité colonisée. Les inégalités foncières, scolaires et sanitaires structurent le système. La prétention républicaine à l’assimilation se heurte ainsi à une pratique durable de séparation.

Le nationalisme algérien se développe selon plusieurs courants. Ferhat Abbas défend d’abord l’égalité et une évolution institutionnelle ; les oulémas réformistes affirment une identité arabo-musulmane ; Messali Hadj et l’Étoile nord-africaine, puis le Parti du peuple algérien et le MTLD, revendiquent l’indépendance. La répression des manifestations de Sétif, Guelma et Kherrata en mai 1945 constitue une rupture majeure. Le nombre de victimes demeure discuté selon les sources et les périmètres retenus, mais les historiens établissent une répression de très grande ampleur. Pour de nombreux militants, l’espoir d’une émancipation progressive dans le cadre français paraît désormais illusoire.

Les violences de Sétif, Guelma et Kherrata en mai 1945 constituent un tournant majeur. Elles renforcent chez une partie des militants l’idée que l’émancipation ne pourra pas être obtenue par de simples réformes du système colonial. Dans les années qui suivent, les nationalismes algériens restent pourtant pluriels et traversés de rivalités. Cette tension entre domination coloniale, échec des réformes et concurrence des projets politiques prépare le contexte dans lequel le FLN choisit l’insurrection en 1954.