Westphalie est fréquemment présentée comme la naissance du « système westphalien » : un ordre international composé d’États souverains, juridiquement égaux et libres de toute ingérence extérieure. Cette interprétation possède une part de vérité. Les traités renforcent l’autonomie des princes du Saint-Empire, reconnaissent plusieurs réalités territoriales et consolident une pratique diplomatique fondée sur la négociation entre puissances. Ils contribuent aussi à affaiblir l’idée d’un ordre chrétien européen placé sous une autorité universelle unique. Cependant, les historiens contemporains invitent à ne pas transformer 1648 en acte de naissance instantané de la souveraineté moderne. Le Saint-Empire subsiste jusqu’en 1806. Ses territoires restent insérés dans des institutions communes. Les princes ne deviennent pas des États totalement indépendants au sens contemporain. La souveraineté elle-même s’est construite progressivement, avant et après 1648. Parler de « système westphalien » demeure donc utile à condition de comprendre qu’il s’agit d’un modèle analytique rétrospectif. La véritable innovation de Westphalie réside peut-être moins dans l’invention de la souveraineté que dans la capacité à organiser durablement la coexistence de plusieurs autorités politiques et confessionnelles.
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