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Les campagnes de 1991 et 2003 présentent un point commun spectaculaire : dans les deux cas, les forces occidentales disposent d’une supériorité militaire massive sur l’armée irakienne. Cette ressemblance tactique masque des différences politiques fondamentales. En 1991, l’Irak a envahi le Koweït. Le Conseil de sécurité autorise une coalition à restaurer la souveraineté koweïtienne. L’objectif est précis : repousser les forces irakiennes. Une fois cet objectif atteint, la coalition arrête l’offensive. Le régime de Saddam Hussein reste en place. La guerre produit donc une victoire limitée mais cohérente avec le mandat initial. Elle laisse néanmoins derrière elle sanctions, inspections et tensions. En 2003, l’objectif est beaucoup plus ambitieux. Il ne s’agit plus seulement de repousser une armée hors d’un territoire occupé, mais de renverser un régime et de reconstruire ensuite un ordre politique. La victoire conventionnelle est obtenue rapidement. Cependant, la chute du régime supprime aussi une partie des structures qui contrôlaient le territoire. L’occupation ouvre alors un cycle d’insurrections et de rivalités internes.

En 1991, le but politique est relativement limité et lisible. Les moyens militaires sont calibrés pour l’atteindre. En 2003, le but politique implique une transformation profonde de la société et des institutions irakiennes. La puissance militaire nécessaire pour renverser Saddam Hussein n’est pas suffisante pour produire cet ordre. Les deux guerres montrent donc que le mot « victoire » possède plusieurs significations. Une victoire tactique détruit les forces adverses. Une victoire stratégique atteint l’objectif général de la campagne. Une victoire politique produit un ordre compatible avec le but pour lequel la guerre a été engagée. Ces trois niveaux ne coïncident pas nécessairement.